Crises : habiter en ville ou à la campagne ?

Au delà des préférences personnelles et des discours des marchands, le choix viable entre ces deux formes d’habitat est conditionné par un facteur bien plus fonctionnel : la source de ses revenus.

Commençons par définir ce dont on parle : j’entends comme ville toute agglomération dépassant la centaine de milliers d’habitants, comme campagne tout territoire rural principalement composé d’agriculteurs ou de villes de moins de 20-50 000 habitants. On ne traite pas ici le sujet du transport domicile-travail, qui doit idéalement se faire à pied, en vélo ou à métro.

Part des agriculteurs en France (orange) dans la population active depuis 1300.

Ce graphique montre l’effondrement de la part des agriculteurs dans la population. Tout le monde connaît ce phénomène d’exode rural qui touche tous les pays. Les agriculteurs perdent leur emploi et migrent vers les villes. Cela a été rendu possible par l’industrialisation de l’agriculture : tout seul avec un tracteur et des engrais, on produit autant que des dizaines de paysans d’autrefois. La logistique performante permet d’envoyer des raisins sans pépins d’Afrique du Sud en Europe, le tout au mois de mars. On a donc plus besoin de mailler le pays de fermes pour alimenter le marché du village.

Cette tendance est visible aujourd’hui dans les bourgs jusqu’aux petites villes de France. Celles qui ne sont pas situées à proximité d’une grande agglomération meurent lentement. Les analystes parlent alors de déclassement, de mise à l’écart, de domination de la ville. Mais personne ne parle du fait que dans une société pétro-industrielle, tous ces petits villages qui maillaient autrefois le territoire, et permettaient aux agriculteurs d’occuper la terre, n’ont plus aucune “raison d’être” économique. Le pétrole et l’augmentation des rendements ont rendu obsolète l’organisation territoriale du 19ème siècle en faisant diminuer la densité de travailleurs nécessaires à la production alimentaire. 

Cet exode rural ne s’est bien sûr pas fait en 10 ans; les familles restent de génération en génération, l’inertie fait subsister des commerces, l’économie locale s’auto-entretien. Mais inexorablement la population vieillit et diminue. On peut donc intuitivement penser que ce gigantesque mouvement du rural vers l’urbain a quelque chose à nous enseigner dans notre choix à faire entre ville et campagne.

Le fonctionnement est simple : les gens migrent quand ils n’ont pas de travail. Ne subsistent à un endroit que ceux qui peuvent échanger leurs services ou les biens qu’ils produisent contre d’autres. C’est le principe premier des migrations. Et ce depuis les chasseurs cueilleurs qui se déplaçaient au gré du gibier. Pourquoi serait-ce autre chose qui devrait vous guider dans le choix de la forme d’habitat ? 

C’est donc la ressource que vous exploiter qui dictera votre localisation. Si vous exploitez la terre car vous avez la profession d’agriculteur, vivez à la campagne. Si vous êtes médecin ou coiffeuse et que votre ressource est le nombre de personnes, vivez là où ce nombre est suffisant.  Si vous êtes ouvrier, vivez là où il y a des entreprises qui embauchent des ouvriers.

Bien sûr la difficulté consiste à prévoir la pérennité de l’activité professionnelle exercée; sera elle toujours demandée? serais-je toujours compétitif ? La fin du pétrole pas cher va-elle redéfinir complètement mes projets ? Cependant, cela implique que seuls les agriculteurs ou les personnes vendant des choses aux agriculteurs ont vocation à s’installer à la campagne. Pas les résidences pavillonnaires, ni les survivalistes motivés par l’autonomie alimentaire.

Les agriculteurs font un vrai métier, avec des obligations de résultat. C’est par le travail à temps plein qu’ils arrivent à produire un surplus commercialisable. Vouloir éviter les nuisances de la ville pour s’installer dans un village à 40kms n’est donc pas quelque chose d’éprouvé historiquement. L’idée de s’installer à la campagne et vivoter de son jardin en permaculture, de la vente de meubles et d’électricité solaire ne paraît pas non plus très réaliste à long terme.

Vivez là où il y a des ressources que vous pouvez exploiter et commercialiser.